ÉconomieEnvironnement

Par Virginie Menvielle, le 21 octobre 2025

Théodore : la peinture du futur au défi du durable


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À Noyelles-lès-Seclin, dans la banlieue lilloise, dans le bâtiment lumineux et moderne qui a remplacé son usine historique, le laboratoire de Théodore réinvente la peinture. De Theotherm, solution thermique déjà éprouvée qui régule la consommation énergétique des bâtiments, à Terroir, peinture biosourcée à base de coquilles d’œuf, lentreprise bicentenaire démontre quon peut conjuguer tradition, innovation et responsabilité écologique.

Dès que lon franchit les portes du siège de Théodore, à Noyelles-lès-Seclin, on s’étonne de ne rien sentir de particulier. Lair est étonnamment neutre, sans odeurs de peinture, de solvants ou de produits chimiques agressifs. Lespace est vaste, baigné de lumière naturelle. L’entreprise familiale fondée en 1825 à Lille, désormais installée dans sa banlieue, a toujours eu l’innovation dans son ADN. En 1945, elle était ainsi l’une des premières usines à créer des peintures « prêtes à l’emploi » pour les professionnels comme les particuliers.

L’entreprise s’est engagée depuis 2018 dans un plan RSE

Des tests sont réalisés pour mettre les peintures "à la teinte" et donc pouvoir les coloriser. ©Théodore
Des tests sont réalisés pour mettre les peintures “à la teinte” et donc pouvoir les coloriser. ©Théodore

Aujourd’hui, avec 475 collaborateurs en France dont environ 130 au siège, et 85 points de vente à travers tout le pays, Théodore revendique un héritage industriel auquel s’est ajoutée, en 2018, une ambition écologique. <!–more–>

À deux pas du hall d’accueil, une douzaine de chimistes – dont Étienne Rommens, responsable du laboratoire, Marion Bovolenta, créatrice de la peinture Terroir, et Cédric Reynes, chargé de méthodes – travaillent sur des paillasses dignes dune salle de physique-chimie. Ils inventent les peintures de demain, qui seront ensuite fabriquées à grande échelle dans les ateliers de production contigus au labo. 

Theotherm : la peinture qui régule la consommation énergétique

Après un certain nombre de tests et essais infructueux, les chimistes ont mis au point Theotherm, une peinture thermo-isolante, en 2016. Lidée initiale était simple : alléger les bidons de 15 à 12 kg pour faciliter le transport, notamment pour séduire une clientèle féminine. Cédric Reynes, chargé de méthodes, explique : « Au départ, c’était un projet pratique. Mais très vite, nous avons découvert que cette peinture avait d’autres propriétés et pouvait vraiment contribuer à économiser de l’énergie. Les dirigeants nous ont permis de poursuivre nos recherches, et il s’est avéré que notre intuition était bonne 

Grâce à sa formule innovante, Theotherm isole efficacement les bâtiments en hiver et réfléchit les rayons du soleil en été, maintenant les logements frais sans recourir excessivement à la climatisation. Si cette peinture est aujourd’hui copiée par des concurrents soucieux de proposer eux aussi des peintures isolantes à leurs clients professionnels, la technologie n’a pas immédiatement séduit. « Il a fallu qu’on éduque le marché, et on a eu besoin d’acquérir toutes les certifications possibles pour faire nos preuves », indique Hugo Robardey, directeur de l’entreprise. 

♦ Lire aussi : Peinture photoluminescente, un marquage routier qui tient la route ?

L’innovation dans l’ADN de Théodore

Aujourd’hui, la peinture Theotherm toitures et bardage est éligible aux CEE (Certificats d’Économies d’Énergie). Soit une aide financière proposée par le gouvernement français pour encourager les projets de rénovation énergétique, pour les professionnels comme les particuliers. Elle est même présentée comme une solution compatible avec les exigences du « décret tertiaire » et de la « loi Résilience » de 2021, dispositifs clés de la politique de transition énergétique visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et améliorer la performance énergétique des bâtiments. 

Avec 120 millions deuros de chiffres d’affaires cumulés sur ces activités en 2024, les paris de l’entreprise Théodore sur l’innovation et le développement durable semblent porter leurs fruits. D’autant que Theotherm n’est pas le seul produit innovant créé par l’entreprise.

Marion Bovolenta travaille depuis son arrivée dans l'entreprise en septembre 2024, à l'élaboration de la peinture Terroir. ©Théodore
Marion Bovolenta travaille depuis son arrivée dans l’entreprise en septembre 2024, à l’élaboration de la peinture Terroir. ©Théodore

Terroir : la peinture qui valorise le territoire

Depuis son arrivée dans l’entreprise, Marion Bovolenta manipule fragments de coquilles d’œuf, et résines dérivées de l’industrie du bois… dans l’objectif de finaliser Terroir, une peinture composée à 80% de matières biosourcées et contenant 80% de matières premières françaises. Ce, sans perdre évidemment la qualité technique des peintures de chez Théodore. « C’est un vrai challenge car l’industrie chimique est en déclin en France. Donc travailler avec des matières premières biosourcées et françaises s’est avéré compliqué », commente Marion Bovolenta.

Après beaucoup d’essais, de questions aux fournisseurs pour vérifier que les matières proposées répondaient au cahier des charges très précis de ce nouveau produit, la chimiste de 28 ans a réussi. « Le produit est désormais disponible en trois bases différentes. Les formules ont été arrêtées, il faut désormais passer à la phase de tests d’industrialisation pour que le produit puisse être reproduit à grande échelle dans nos ateliers. Puis vendu ».  

Hugo Robardey souligne lenjeu: « Terroir nest pas seulement une innovation technique, cest un engagement fort. Nous voulons que nos produits reflètent nos valeurs et nos territoires. » Dans les gestes précis de Marion, on voit poindre une autre manière de penser la peinture, plus circulaire, plus locale, plus responsable.

L'enjeu pour la commercialisation de la peinture Terroir est de réussir à industrialiser le produit fabriqué dans les labos de Théodore.©Théodore
L’enjeu pour la commercialisation de la peinture Terroir est de réussir à industrialiser le produit fabriqué dans les labos de Théodore.©Théodore

Entre innovation et responsabilité : des gestes concrets pour la planète

Derrière linnovation technique et la créativité des chimistes, Théodore met également en place des solutions concrètes pour limiter son impact environnemental. La consommation d’eau représente un défi majeur pour lindustrie ; or, lentreprise en consomme beaucoup dans la fabrication de ses peintures. Pour y remédier, Hugo Robardey a imaginé un bassin de rétention des eaux de pluie, qui sera opérationnel d’ici la fin de l’année. Leau collectée servira au nettoyage des cuves et à la production des peintures, réduisant ainsi la consommation deau potable et valorisant une ressource naturelle souvent gaspillée.

Ces initiatives sinscrivent dans une démarche plus large de responsabilité sociétale. Théodore vise que 50% de ses formulations soient naturelles ou biosourcées d’ici 2030. Tout en poursuivant le développement de produits à fonctionnalité énergétique, comme Theotherm, et de peintures locales et circulaires, comme Terroir.

Mais ces initiatives soulèvent aussi des questions: Theotherm est efficace et éligible aux CEE, mais son coût reste élevé – comptez environ 480 euros pour 15 litres, pour la version toitures et bardage. Terroir, peinture circulaire et locale, est encore en phase de lancement et sa diffusion reste limitée. Les gestes concrets – récupération deau, formulations biosourcées — sont importants, mais suffiront-ils à transformer lensemble de la filière? ♦