Société

Par Agathe Perrier, le 4 novembre 2025

Journaliste

Les MJC, toujours dans l’air du temps malgré leurs 80 printemps


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Lola et Élise ont participé à un stage de podcast © Agathe Perrier

Écriture rap, dessin façon manga, danse hip hop… La MJC Prévert d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) diversifie ses ateliers et activités pour garder le lien avec les jeunes. Et pas uniquement avec les adolescents. Une adaptation nécessaire à sa survie, amorcée de longue date ici comme dans le millier de structures d’éducation populaire réparties en France.

C’est presque devenu un rituel : à toute les vacances scolaires, Camille participe à un stage proposé par la MJC – pour Maison des jeunes et de la culture – de sa ville d’Aix-en-Provence. Elle a cette fois été attirée par le nihonga, la peinture traditionnelle japonaise. « Je ne connaissais pas mais ça m’a donné envie », explique l’adolescente de 12 ans, pinceau à la main. Face à elle, Chloé, proche de la quarantaine, rebondit. « C’est assez niche comme activité. Ça faisait des mois que je cherchais un tel stage sans en trouver, hormis à Paris ! ». L’ambiance est aussi studieuse dans la pièce voisine, mais dans un tout autre registre. Armand, Zachary et Inès s’initient à l’écriture de textes de rap, sous les conseils avisés de Margaux, poétesse professionnelle.

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Ces deux activités ont été récemment ajoutées au catalogue des stages de l’association, installée au cœur d’Aix-en-Provence depuis 1962. Tout comme, plus tôt dans l’année, le cosplay – pour confectionner soi-même le costume d’un personnage de fiction – ou la danse K-pop – pour apprendre les chorégraphies des groupes sud-coréens de ce style musical en vogue. Des ateliers pourtant très éloignés de l’univers du directeur. « Je ne mets aucune barrière pour aucune activité, indique Benoît Laisney. Carte blanche est donnée aux idées des intervenants. Les inscriptions font office de juge de paix ».

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Un stage de nihonga a été proposé pour la première fois aux vacances de la Toussaint © Agathe Perrier

Coller à son époque et à « l’esprit MJC »

Le mot d’ordre de ce responsable, en poste depuis un peu plus d’un an, est simple : proposer de la nouveauté, tout en collant à l’esprit MJC. Mais c’est quoi, en fait, cet « esprit MJC » ? Benoît Laisney prend quelques secondes avant de résumer : « C’est tenter des choses pour les jeunes, autour de la découverte, de l’artistique, du culturel et du collectif. Pour en faire des personnes ouvertes sur le monde et leur montrer que tout est possible ».

Des termes repris par la MJC Région Sud, la fédération regroupant les établissements de Provence-Alpes-Côte d’Azur et de Corse (lire bonus). « Les MJC ne sont pas seulement des lieux d’activité. Ici, on apprend à vivre ensemble, à débattre, à se confronter à l’autre », souligne Benjamin Lélard, à la tête de ce réseau d’une quarantaine de structures, sur un bon millier dans toute la France.

♦ Lire aussi l’article « Jeunes et séniors, le duo gagnant »

À chacune ses spécificités

La MJC aixoise n’est pas la seule à élargir ses horizons. Celle d’Apt, dans le Vaucluse, a ouvert cette année un atelier autour des sports de glisse (skateboard et autres rollers). « Toutes sont à la recherche de nouvelles activités. De cette façon, elles se réinventent chaque année », estime Benjamin Lélard. Sans tenter de se copier ou de se ressembler, plutôt en écoutant les remontées de leur propre terrain.

À Aix-en-Provence, outre les stages pendant les vacances scolaires, l’équipe propose tout au long de l’année des activités « très orientées sur la pratique artistique », dixit Benoît Laisney. Les créneaux de théâtre font le plein, tout comme ceux de la chorale, qui a su séduire grâce à son répertoire axé sur la variété française et américaine des années 1980 à 2000. Ceux de dessin dans le style manga, les bandes dessinées japonaises dont le succès n’est plus à démontrer, ne désemplissent pas non plus. A contrario, les séances d’escalade ont moins la cote cette année. Et les cours de basse n’ont tenté personne alors que la MJC voisine, à Venelle, croule sous la demande. « Aucune n’est pareille à une autre », sourit le directeur aixois.

Adaptation perpétuelle

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Zachary, Armand et Inès se sont initiés à l’écriture de textes de rap sous les conseils de Margaux, poétesse professionnelle © AP

Cette envie de coller à l’époque n’est pas nouvelle chez les MJC. Pour la petite histoire, leur création remonterait au début du XXème siècle bien que ce soit à la Libération, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, que le mouvement ait réellement pris de l’ampleur. Elles connaissent leur essor entre 1959 et le début des années 1980, avant de se retrouver confrontées à des « difficultés latentes ». « Face au chômage de masse, l’heure était à l’insertion économique, et non plus à l’animation socio-culturelle », expose Laurent Besse dans son ouvrage intitulé « Les MJC, de l’été des blousons noirs à l’été des Minguettes », publié par les Presses universitaires de Rennes en 2015.

Les MJC ont néanmoins bravé cette tempête, et les suivantes. « Elles sont un temps passées pour des équipements vieillissants, reconnaît Benjamin Lélard, concurrencées par d’autres activités comme la salle de sport. Mais là où ce type de lieu permet la pratique individuelle, le fer de lance des MJC est le partage et la création de lien ». Des valeurs qui les ont aidées à résister et même à être de nouveau dans l’air du temps depuis la pandémie de Covid-19, selon lui. Aux yeux des jeunes et aussi des adultes, également les bienvenus entre leurs murs. Certains créneaux sont d’ailleurs réservés à ces derniers, quand d’autres mêlent les âges afin de favoriser la mixité intergénérationnelle.

♦ Lire aussi l’article « Melting Pot reconnecte les jeunes à la vie politique »

Évolution obligatoire

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Les stages d’atelier manga font toujours le plein © AP

De cette adaptation continue dépend aussi la survie des MJC. Le responsable du réseau régional ne cache pas les difficultés économiques que ces structures ont dû surmonter face au désengagement progressif, et toujours en cours, des collectivités publiques. « On a opéré une transition ces dix dernières années pour aboutir à une hybridation des financements », indique Benjamin Lélard. Les activités et stages, payants, représentent désormais une part importante des ressources de ces associations. Deux tiers du budget annuel de 600 000 euros pour la MJC Prévert, à titre d’exemple. Le reste provient de subventions.

Il n’est toujours pas l’heure de se reposer sur ses lauriers. Pour le plus grand bonheur des adhérents. « C’est génial d’avoir ce type de lieu en ville pour les enfants. Et même pour nous, ça nous permet de nous retrouver entre différentes générations », apprécie Cathy, une habituée de l’établissement aixois, toute jeune sexagénaire. Ce n’est pas Mario qui la contredira, lui qui ne rate pas un stage de manga depuis quatre ans. Ni Lola et Élise, deux sœurs attirées par le milieu du journalisme et venues découvrir l’univers du podcast. Finalement, chacun peut trouver une bonne raison de pousser la porte de la MJC la plus proche… ♦

 

Bonus

# Les MJC en chiffres – On en compte environ un millier, réparties dans seize fédérations régionales appartenant au réseau national MJC de France. Chaque structure est néanmoins indépendante des autres. La fédération MJC Région Sud concentre une quarantaine de structures, dont des Maisons pour Tous et des associations partenaires qui partagent les valeurs et les actions portées par les MJC.

# Comment s’inscrire ? Il faut en tout premier lieu être adhérent de la MJC (comptez une dizaine d’euros pour l’année). À cela s’ajoute une somme à payer, variable selon l’activité ou le stage choisi. Plus d’infos sur les sites internet respectifs des MJC, dont la liste est à retrouver ici.