AménagementEnvironnement

Par Zoé Charef, le 30 octobre 2025

Journaliste

Le béton de bois pour bâtir plus vert


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Mur préfabriqué en béton de bois TimberRoc. ©CCB Greentech

Alors que l’industrie du bâtiment est responsable de 23% des émissions annuelles de gaz à effet de serre français, en Isère, une entreprise transforme le bois en béton bas carbone. CCB Greentech fabrique des granulats issus d’arbres de forêts françaises et imagine des murs plus légers capables de stocker du carbone. Cette innovation née dans une ancienne scierie pourrait bien s’imposer comme solution dans le secteur du bâtiment. 

Sur le vaste site industriel de Beaurepaire, en Isère, les billons de résineux s’empilent entre l’usine et les champs. Ce n’est pourtant pas une scierie qui est installée là-bas, mais CCB Greentech. Cette entreprise a mis au point une recette unique : transformer le bois de trituration (ces troncs trop courts, tordus ou pas assez qualitatifs pour l’industrie de bois d’œuvre) en granulats. Pour alimenter les chaudières et poêles français peut-être ? Pas du tout !

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Un matériau à impact carbone négatif ?

Un panneau en béton de bois TimberRoc. ©CCB Greentech

François Cochet, le président et fondateur de CCB Greentech, était à la tête d’une scierie dans une autre vie. Il cherchait comment valoriser les déchets produits. Et, petit à petit, est arrivé à une solution satisfaisante : avec les granulats de bois, du ciment et un peu d’eau, on obtient un béton de bois.

Biosourcé, structurel et bas en carbone, ce béton de bois est aujourd’hui utilisé dans les nouveaux chantiers de bâtiments. « Le véritable apport de ce béton un peu spécial, c’est qu’il capte le carbone du bois sans jamais le relarguer. Un réel avantage au niveau environnemental », présente Caroline Gérard, directrice en marketing et développement commercial chez CCB Greentech depuis 2022. 

Quinze années de recherche et développement ont été nécessaires pour atteindre cet objectif. Un argument de poids dans un secteur du bâtiment responsable de 43% des consommations énergétiques annuelles et 23% des émissions de gaz à effet de serre français. Mais CCB Greentech a voulu aller plus loin. « L’objectif était vraiment de savoir comment utiliser les atouts du béton – notamment la résistance et la stabilité dimensionnelle – et ceux du bois pour en faire un matériau hybride présentant un intérêt pour les utilisateurs. »

♦ Lire aussi : Une nouvelle vie pour les matériaux de construction

Du bois français et une licence unique

Le siège social de l’entreprise, à Beaurepaire en Isère, avec les troncs d’arbre prêts à être écorcés. ©CCB Greentech

Dans la chaîne de production de Beaurepaire, tout est pensé pour du sur mesure. Les troncs, une fois écorcés, sont broyés pour donner des granulats de différentes tailles, en fonction des commandes. Ce matériau est ensuite vendu aux partenaires licenciés préfabricants français qui travaillent avec CCB Greentech. « On maîtrise la façon de fabriquer ces murs de béton de bois, mais on ne le fait pas chez nous. On commercialise une licence aux préfabricants, des industriels spécialisés dans le domaine. Ce sont eux qui vont réaliser et livrer les murs édifiés grâce à notre recette ciment-bois-eau appelée TimberROC, continue la directrice en marketing. De quoi éviter de transporter les éléments d’un bout à l’autre de la France par camion. »

Aujourd’hui, l’entreprise vit de deux ressources : la vente du granulat de bois et celle de la licence d’exploitation. Cette dernière a été affinée au fil des années pour atteindre un produit industriel unique en Europe et issu d’un bois français provenant essentiellement de forêts certifiées PEFC (de quoi garantir des pratiques écologiques, économiques et sociales de la filière forêt-bois). 

Des maisons, des bureaux, un cinéma, une cité scolaire et même une église 

Entrée sud de l’église évangélique La Valette du Var, en murs de béton de bois. ©CCB Greentech

« Notre ADN, c’est le bois, pas le ciment », rappelle Caroline Gérard tout en continuant la visite de l’usine. Grâce à la présence de bois, ce béton particulier contribue à une régulation naturelle de l’humidité intérieur en absorbant ou restituant légèrement la vapeur d’eau selon le climat. Un atout de taille pour les architectes, qui optent de plus en plus pour cette solution biosourcée. Depuis 2021, une centaine de projets ont ainsi vu le jour avec des murs ou prédalles en béton de bois CCB Greentech. Maisons individuelles, bureaux, cinéma de Beaurepaire, cité scolaire à Sartrouville et même une église évangélique à Toulon. « Il y avait deux points très importants pour eux : l’acoustique et le confort thermique en été. On pouvait y répondre. »

Plus léger que le béton classique, le béton de bois affiche en outre une résistance structurelle équivalente. « Le plus écologique serait de ne pas construire du tout, commente la directrice en marketing. Mais avec il y a de forts besoins actuellement. Alors faisons-le en respectant les ressources. Le béton de bois est un bon début ! »

♦ (re)lire : WOOD, l’immeuble en bois qui réinvente l’urbanisme local

En phase avec une réglementation environnementale plus stricte 

Les murs préfabriqués de béton de bois. ©CCB Greentech

Les murs TimberROC (de 24 à 30 cm d’épaisseur pour les murs structurels et de 16 à 20 cm pour les façades de remplissage) sont fabriqués au besoin par les prestataires, puis livrés prêts à être posés sur le chantier. Cette construction hors site permet de diviser par deux le temps de réalisation et de limiter les nuisances sonores liées aux chantiers. « Moins d’eau, moins de déchets, moins de transport : tout est optimisé », se réjouit Caroline Gérard.

Un modèle qui se présente comme une alternative à considérer dans le secteur du bâtiment, au regard notamment de la réglementation environnementale RE2020 qui impose des seuils de carbone de plus en plus stricts. « Cela a commencé en 2012 avec de la prévention sur l’utilisation du béton et les émissions carbone. On a alors incité à orienter la maison en fonction du soleil, à utiliser des matériaux biosourcés, à ne pas artificialiser davantage les sols…», résume l’experte. Ont suivi des seuils de taux carbone à ne pas dépasser pour obtenir un permis de construire. 

Quel avenir pour ces matériaux ?

Mais Caroline Gérard redoute les prochaines échéances : « En 2028, la réglementation devrait être encore plus contraignante avec la nécessité d’intégrer les biosourcés dans les projets. Dès lors, notre béton de bois, le béton de chanvre ou de lin et le miscanthus seront des matériaux extrêmement intéressants. » Seulement, avec la crise gouvernementale actuelle, CCB Greentech, comme d’autres entreprises, craint un coup d’arrêt pour cette réglementation (ou son allègement) et un gel des offres publiques. « Les échéances pour lesquelles on se prépare depuis des années n’auront peut-être pas lieu. Et on sait bien que si ce n’est pas obligatoire, ce ne sera pas une priorité », se désole-t-elle. 

Dalles drainantes préfabriquées ParkROC. ©CCB Greentech

Alors que la partie structurelle d’un bâtiment – les murs et les dalles – représente 40% de ses émissions de CO2, le béton de bois permettrait d’en réduire grandement le bilan carbone. Depuis ses locaux (en béton de bois, évidemment), l’entreprise reste optimiste et s’attaque désormais aux aménagements extérieurs, type places de parking, avec des dalles drainantes. Tout en réfléchissant à la recyclabilité de telles constructions !