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Le solaire à concentration : la solution d’Alto Solution pour décarboner l’industrie
Produire de la chaleur est crucial pour bon nombre d’industries. Mais le plus souvent, cela se fait à partir de gaz très nocifs pour le climat. À Aix-en-Provence, la startup Alto Solution mise sur une technologie encore peu exploitée à ce jour : le solaire à concentration.
Sécher, blanchir, cuire, stériliser… L’industrie a besoin d’énergie. Et pour ces tâches, qui nécessitent des températures oscillant entre 100°C et 400°C, l’électricité ne suffit pas. Il faut de la chaleur. « Les industries consomment trois fois plus de chaleur que d’électricité, explique Mehdi Berrada, cofondateur d’Alto Solution. La chaleur représente 51% de l’énergie qu’elles utilisent. Contre 17% pour l’électricité. Si on veut avoir de l’impact, il faut agir sur la chaleur »
Problème : alors qu’il y a urgence à réduire les émissions de CO2 pour limiter leurs effets sur le climat, cette indispensable chaleur est le plus souvent produite à partir de gaz, avec d’importantes émissions à la clé. Il y a bien sûr l’option biogaz, mais il est coûteux, et sa production est encore trop limitée par rapport aux besoins de ces industries. <!–more–>
Diviser par 12 les émissions de gaz à effet de serre

Reste une option : le solaire à concentration. « Cette technologie permet de diviser par douze les émissions de gaz à effet de serre par rapport au gaz naturel », poursuit Mehdi Berrada. Sauf que cette technologie, bien que connue dès les années 1970, a été éclipsée au profit de l’énergie photovoltaïque, moins coûteuse à court terme, mais dont les capacités de stockage sont moindres. « Il existe encore des projets dans ce domaine. Notamment des projets publics ».
Mais ils s’inscrivant dans le (très) long terme. Et la décarbonation urge. C’est là qu’intervient Alto Solution. « Nous avons choisi de nous positionner sur des projets à plus courte échéance, dans l’industrie ». Avec un mantra : celui de « lever les barrières à l’adoption de la chaleur renouvelable ».
Concentrer les rayons du soleil dans un tube
Pour ce faire, Mehdi Berrada développe avec son associé, le docteur en sciences Mauro Pedretti, une technologie nouvelle. Au cœur de celle-ci, des « demi-cylindres qui concentrent les rayons du soleil dans un tube contenant un fluide caloporteur, capable de transporter la chaleur ». Fabriquer cette centrale requiert des matériaux relativement simples et accessibles.
Alto Solution fait ainsi le pari du béton à la place de l’acier. « Nous avons particulièrement innové sur le collecteur », aussi appelé auge parabolique. « Par rapport à l’acier, le béton peut résister à des vents trois fois plus rapides. L’autre avantage de ce matériau est que le poids est réparti sur l’ensemble de la structure, ce qui permet de se passer de fondations au sol ». Le démantèlement est dès lors plus aisé, et l’infrastructure ne contribue pas à l’artificialisation du sol.
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Ni silicium, ni terres rares

Au béton, il faut ajouter un peu de tuyauterie et du verre pour les miroirs optiques. De sorte que cette technologie utilise moins de matériaux que ses concurrentes directes. Elle se passe en outre « de silicium, ni de terres rares dont l’approvisionnement peut être sous tension ».
Autre détail – et pas des moindres – : pour la fabrication de ces miroirs utilisés pour capter l’énergie solaire, Alto Solution a opté pour une technologie de cintrage à température ambiante, quand ses concurrents sont coutumiers des hautes températures. « Cela nous permet d’optimiser la qualité des miroirs et de réduire de 30% leur coût ». Autant d’ajustements dont découlent une compétitivité-prix significative et une maîtrise des coûts sur le long terme.
Un premier client à l’Isle-sur-La-Sorgue
Premier marché ciblé : l’agroalimentaire aux côtés d’une entreprise engagée pour la transition écologique : Le Coq Noir, installée à l’Isle-sur-La-Sorgue. La technologie d’Alto Solution lui permettra de remplacer un peu plus de 70% de sa consommation en gaz par de la chaleur renouvelable.
La mise en service était prévue pour fin 2024, mais le permis de construire a été retardé par un recours. « Il est en cours de finalisation », assure Mehdi Berrada. Problème : le temps c’est de l’argent. Et il a fallu continuer de payer les salaires durant ce laps de temps supplémentaire. D’où une nouvelle levée de fonds à venir, à hauteur de 3 millions d’euros. « On aimerait la clôturer d’ici la fin de l’année ».
Des marchés divers

L’entreprise a profité de ce laps de temps pour avancer sur le plan commercial, diversifiant ses débouchés. « Nous avons réalisé des études de faisabilité pour des entreprises pharmaceutiques, de l’industrie du papier… Une autre est en cours dans le secteur des minerais dans le sud de la France. Dans tous ces domaines, on a besoin de chaleur », assure l’entrepreneur. Ce sont néanmoins surtout de grands groupes qui toquent à la porte d’Alto Solution. Car même si l’écologie semble moins prioritaire dans les discours politiques, « ces groupes ont déjà établi une feuille de décarbonation et ils continuent de la dérouler, avec des objectifs à atteindre à l’horizon 2030-2035 ». D’autant que l’indépendance énergétique est un enjeu très prégnant depuis la guerre en Ukraine.
Une fois le projet avec Le Coq Noir sur les rails, l’entreprise, qui compte à ce jour 5 salariés, devra renforcer ses effectifs. « On devrait avoir une dizaine de personnes en plus au cours des deux prochaines années ».♦